Que faire de la posture de la Rock Star après que Jim Morrison et Iggy Pop l’ai définitivement anéantie ? C’est une question qui a bien pu influencée les jeunes musiciens du début des années 1980, l’un comme l’autre ayant fait de ce mythe intouchable un ange déchu, un personnage moribond privé de sa superbe. Bref, au tournant des années 1970-1980 le mâle dominant armé de sa guitare phallique avait du plomb dans l’aile. Si certains Rockers endeuillés et conformistes se sont exténués à le réanimer, d’autres s’engouffraient dans la voie ouverte par David Bowie, le travestissement. Personnage médiatique fait par et pour la diffusion d’image, la Rock Star pouvait ainsi être déconstruite justement en soulignant ses modalités de construction. En faire une figurine de pacotille au genre sexuel indéterminé mettait à mal sa posture héroïque et dominante tout en éclairant le fonctionnement d’une industrie musicale devenue spectaculaire et asservie à un commerce basé sur la création de personnages.
Ce démembrement de la Rock Star s’accompagnait évidemment d’une tentative de faire subir le même sort à sa musique. Car dans le fond, ceux qui s’y attachaient cherchaient une façon de renouveler le Rock lui-même. Pour certains, ce renouvellement se fit par l’utilisation de ce nouvel instrument électronique que Brian Eno déclarait être devenu indispensable, le studio. C’est d’ailleurs probablement dans ce lieu que fût enterrée la dépouille de la Rock Star. Anéantissant toute force démonstrative sur scène, l’électronique introduit le synthétiseur et autres boites à rythmes qui imposent aux musiciens une position statique, la tête de plus en plus baissée au fil des évolutions technologiques, et qui surtout les empêchent de se livrer aux mouvements masturbatoires du jeu de guitare.
En continuant à faire des raccourcis comme nous sommes en train de le faire, on peut en arriver à la conclusion que des cendres de la Rock Star est née la figure du DJ/Producteur des années 1990. Antithèse totale de son prédécesseur, sur scène il est statique, voir parfois absent, ou reculé dans le coin sombre d’une cabine. Rarement démonstratif, il va jusqu'à effacer sa personnalité en se cachant derrière un pseudonyme, souvent plusieurs, pour s’assurer que l’on perde sa trace. Mais contrairement aux apparences, il n’existe probablement pas de façon marquée un moment où de jeunes gens voulaient, comme le disaient les NTM, « tuer le rock ». Il est bien plus probable que le Rock et sa Star se soient tués eux-mêmes, ou plutôt qu’ils aient orchestré leur propre transformation. C’est un petit extrait de cette période de mutation que je vous propose
ici.
Playlist :
Ultravox : Quiet Men
Talking Heads : Once In A Life Time
Pere Ubu : On The Surface
League United Orchestra : Love Action (I Believe In Love)
The Human League : I Love You Too Much
Material : Take A Chance
Question pour la prochaine séance : Si la Rock Star s’est bien suicidée dans les années 1980 pour laisser place au DJ, quelles ont été les conséquences de la phrase récurrente dans la premières moitié des années 2000 : « Kill the DJ » ? Quel personnage est survenu à la suite de cette disparition ?